Nous avons interviewer Freddy Hajjar, un négociant de perles noires. Voici quelques extraits que nous avons trouvés intéressants. |
Est-ce que les perles consistent d’une grande partie du revenue en Polynésie ? " Forcément, pour la Polynésie française, en première partie, c'est le transfert financier de la métropole française qui commande la plus grande source de revenue. En deuxième partie, c’est le tourisme et en troisième c’est la perliculture. Je peux te l’estimer qu’en 2011, il y eu exporte d’environ 10 tonnes de perles, multiplié par 100, ca fait 10 million de grammes." |
(veuillez appuyer sur les mots bleus soulignés pour entendre des extraits de l'interview qui correspondent avec le texte à gauche) Veuillez nous excuser de la qualité des extraits; M.Hajjar n'était pas à Los Angeles quand nous avons fait l'interview, donc nous avons dû le faire sur Skype. |
" Je ne m’y connaît pas très bien mais une chose est certaine, à l’apogée, il y a 10-15 ans, il y avait 2000 perliculteurs. Maintenant, nous sommes plus ou moins à 150 perliculteurs. En moyenne, une ferme va employer disons trois personnes. Il y a donc environ 500-600 personnes qui sont directement employées par la production des perles. La plupart des perliculteurs sont des perliculteurs de famille; le père, la mère, le fils, et un plongeur (3 personnes, plus ou moins). Cependant, il ne faut pas compter les grandes fermes qui emploient jusqu’à 50 personnes. Ces fermes ne constituent qu'une petite quantité de fermes perlières. " |
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Quels sont les étapes dans la vente des perles ? "Il y a le perliculteur, qui vend ces perles normalememet à un acheteur local, comme moi par exemple. Je suis un négociant agréé par le ministère de la perle. C'est donc moi qui vais les acheter en premier. Je vais les trier et les mélanger. J'achète, par exemple, un lot de 2000 pieces, qui sont un melange de qualité, de taille, de formes différentes. J'achète d’un autre perliculteur du même atoll 5000 perles qui se ressemblent plus ou moins et, éventuellement, je fais un groupe d’environ 10 000 pieces. Je les mélange et fais le triage entre forme, couleur et qualité. C’est à ce moment là que je fais l’exportation à un autre acheteur, qui se trouve soit à Hong-Kong, soit au Japon, soit en Amérique, soit en Europe. Le plus grand marché maintenant se trouve à Hong Kong . Le "third player" (troisième joueur) dans ce « jeu », c’est l’acheteur qui se trouve à Hong Kong, qui est un autre grossiste. Ce commerçant va essayer de l’expertiser à sa façon pour le revendre à des bijoutiers ou à des fabricants. Ce fabriquant de bijoux va reprendre ces perles et va les mettre sur les boucles d’oreilles et ainsi de suite; il va les revendre à un bijoutier qui va le revendre aux consommateurs. Dans le cas des bijoux, des colliers, alors mon acheteur a par exemple 10 000 perles en une multitude de couleurs, de tailles, de formes. Disons que 3000 sont rondes, et qu'elles vont de A à Z en qualité. Supposons qu'il faut 35 perles par collier (un collier de 18 inches s'appelle La Princesse ). La longueur la plus courante contient entre 35 et 40 perles. Avec 3000 perles, en les utilisant toutes, on est dans les alentours de 85 (3000/35) colliers. Normalement, l'acheteur arrive à utiliser 2000 perles sur les 3000. Donc mon client a fait une production de 85 colliers. Il va les revendre soit à un autre acheteur (grossiste) aux Etats-Unis, qui va les distribuer aux bijoutiers. Chaque personne sur cette chaîne de distribution fait quelque chose avec la perle ; il y a une valeur ajoutée. Moi, par exemple, je fais le triage. Mon client va faire la production, le perçage, le polissage des perles, etc. Une fois qu’il va les revendre, par exemple à un acheteur des Etats- Unis, cet acheteur, c’est un autre grossiste, qui va lui-même le distribuer aux bijoutiers. C’est chez le bijoutier qu’on va pour voir s’il y a une grande sélection de colliers. Voici la chaîne de distribution: Ça va du perliculteur, à moi, au fabriquant qui fait les colliers à Hong Kong, à un autre grossite qu’ils ont à Los Angeles à la bijouterie. Il y a donc cinq personnes qui sont inclues. " |
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Par rapport à la couleur des perles, comment déterminez-vous lesquelles ont le plus de valeur ?
"Normalement selon la demande actuelle, les couleurs foncées sont les plus prisées. En général, moi je les catégorise en 3 groupes : celles qui sont très foncées et dans l’autre extrême les « lights » par exemple les couleurs beiges, les couleurs grises, comme, disons, les gris claires. Et puis, il y a les couleurs entre les deux: le gris foncé. C’est primordial de faire cette distinction, en regle général, que les plus foncé sont les plus prisées, et que le plus que l'on va vers le clair, le plus la valeur va diminuer. Ayant dit ça, il y a des exceptions : si, par exemple, il y a une couleur blanche avec un certain lueur, disons un lustre merveilleux, la valeur va augmenter. Mais, "all other things being equal", la meilleure façon de déterminer la valeur, (il s’agit uniquement de la perle de la Polynésie française; ma réponse concerne uniquement la perle de la Polynésie française) c'est de voir si la couleur est claire ou foncée. Comme j'ai dit, ce sont les plus foncées qui sont les plus prisées. Cependant, on a parfois des couleurs vraiment exceptionnelles : comme le bleu comme le bleu du ciel, le vert comme le vert pistache; c’est clair mais c’est tellement exceptionnel que la valeur va augmenter, comme celle des couleurs foncées. Les couleurs foncées sont les couleurs, disons, que tu vois sur internet, comme la couleur noire avec une lueur de vert, ou bien une lueur de rose. Les nuances de couleurs font augmenter la valeur." "Je fais une comparaison d’une couleur noire qui a un bon lustre, et, en contrepartie, tu as une autre perle qui est noire également, mais qui a une nuance du vert ou du rose. Il est certain que l’acheteur va vouloir acheter cette nuance de couleur, quoique les deux sont belles. En tant que règle général, plus c’est foncé, plus cela a de la valeur."
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Ensuite, nous avons interviewer Georges Hajjar, un négociant perlier qui dirige une boutique perlière à Downtown Los Angeles. Voici quelques extraits de notre interview: |
Quel type de perle est le plus vendu ?
"Tous les types de perles sont bien vendus, mais il y a des perles rares et il y a des perles non rares. Par exemple, la perle de l’eau douce n’est pas rare, elle est très bon marché. En effet, tu peux acheter une perle pour $2 ou $3. Cependant, les perles tahitiennes sont des perles rares. Elles sont beaucoup plus chères que les perles de l’eau douce. Ces perles d’eau douce prennent de 3 à 6 mois, pour qu’une huître donne une perle. De plus, l’huitre d’eau douce peut donner quinze ou vingt perles. Les perles tahitiennes, par contre, prennent 18 mois à 2 ans pour se former et chaque huitre ne peut produire qu’une seule perle.
Il y a aussi une question de société et de mode. Disons, par exemple, en une année donnée, c’est la mode des perles blanches. On va vendre les perles blanches beaucoup plus que les perles noires. Ou bien si c’est la mode des perles baroques, on va vendre beaucoup plus de perles baroques que de perles rondes. C’est donc un mélange de mode et de préférence culturelles. Par exemple, au Moyen-Orient, ils aiment beaucoup les perles qui sont un petit peu déformées, puisqu’ils pensent que les perles toutes rondes ne sont pas naturelles. Evidemment, c’est une perle naturelle, mais pour eux, la perfection n’est pas naturelle. Vous voyez bien que c’est une question de préférence culturelles et de mode.
C’est aussi une question de prix. Par exemple, si une perle coute $10, on va vendre des centaines de perles. Mais si la même perle coute $50, on va en vendre moins. Parfois le prix est bas, parfois le prix est haut, parce que c’est une récolte. Prenez par exemple un grand tsunami. Si Tahiti est près du tsunami, et il n’y a plus de récoltes, et le nombre de perles diminue, le prix va augmenter. Et si une perle est chère, il y aura beaucoup moins de clientèle. Par contre, parfois, l’eau est de très bonne condition et il y a une très bonne récolte, et donc le prix va baisser. En ce cas là, on va vendre beaucoup plus de perles. "
Quelles sont les différentes stratégies que vous utilisez pour faire connaître vos produits?
"Nous sommes négociants et nous sommes des importateurs de perles. En fait, il y a différents niveaux. Nous sommes au niveau « wholesale » (gros). Nous sommes différents du niveau « retail » (petit). Cela signifie qu’il y a une personne, c’est moi, qui va acheter 10 000 perles. Je vais les trier, les séparer par qualité et les vendre à un magasin, qui va faire un collier ou un bracelet avec. Ou bien, je vais vendre dix perles à une personne, disons de Ohio, où il n’y a pas beaucoup de perles, ni de vendeurs comme moi. Cette personne va montrer ces dix perles à différents magasins et après va le vendre pour le prix le plus haut. A mon niveau, le niveau importateur, nous allons à une foire commerciale pour les négociants d’or, de diamants et de perles. En fait, notre marketing se passe plutôt aux foires, et non pas à la télévision, ni à la radio. Il y a deux ou trois foires principales en Europe, deux ou trois foires principales en Asie et deux out trois foires en Amérique. Lors de ces foires, je vais montrer ma collection de perles et un bijoutier va venir et va négocier avec moi pour acheter ces perles. "
A qui est-ce que vous vendez principalement? Vos clients sont-ils des personnes individuelles ou bien des grands magasins de bijoux?
" On vend en principe aux bijouteries mais nous avons aussi beaucoup de clientèle privée. Cette clientèle est celle qui va utiliser les colliers et les bijoux pour des raisons personnelles. On appelle cette clientèle "the end customer" (le dernier client).
Parfois, nous vendons les perles individuellement et parfois nous allons attacher cette perle à un support, comme une boucle d'oreille par exemple. "
Où est-ce que vous achetez vos perles ?
"Les perles tahitiennes sont des perles de la Polynésie française, elles ne proviennent pas uniquement de Tahiti, juste pour clarifier. On produit les perles plutôt dans les iles à la périphérie de Tahiti, et non pas à Tahiti lui-même. Il y a de centaines de petites iles où on produit ces perles-là.
On travaille avec des fermes perlières. En Polynésie, il y a beaucoup de fermes. Nous, on achète des perles de la ferme elle-même. C’est direct. Chaque année, il y a deux ou trois récoltes de perles. Quand on récolte les perles, mes collègues et moi sont là sur place et on met un prix sur le lot. On offre un prix au perliculteur et il accepte ou il refuse."
Pourquoi l’huitre fait-elle de la nacre ?
"Si un organisme étranger rentre à l'intérieur de l'huître, l'huître, pour se protéger contre ce corps étranger, va sécréter un liquide, comme la salive, autour de ce corps étranger. Ce liquide va se solidifier et deviendra la première couche de nacre de la perle. L’huitre va produire de la nacre couche après couche. Une fois que ce procès commence, l’huitre ne s’arrête pas. Elle continue à produire de la nacre. Donc, si on couperait une perle avec un couteau, et on la magnifierait sous un microscope, on verrait les couches comme les couches d’un oignon. Cependant, les couches sont tellement fines que l’on ne pourrait pas les voir à l’œil nu. C’est comme cela qu’une perle est formée. Et elle est formée si un organisme étranger vient de l’océan ou si un être humain prend un organisme étranger et le place à l’intérieur de la perle. Quand une personne met un organisme étranger et le met dans l’huitre, c'est le processus de nucléation, vu que l’organisme s'appelle un nucléus. La perle de culture s’appelle une perle "de culture" puisque un individu va insérer un nucléus dans l’huitre. C’est cultivé puisque le nucléus est inséré par une personne, et non pas puisque le nucléus est inséré naturellement. Le nucléus est, en fait, un coquillage. Les meilleurs nucleus viennent de la rivière Mississippi. Là-bas, il y a une énorme industrie qui s'est formée pour vendre ces coquillages pour produire des nucléus. "
Quelles sont les différences entre l'huître perlière (la Pinctada Margaritifera) et les autres huîtres?
" Il y a de nombreuses espèces d'huîtres. Leur anatomie est, en générale, la même (il parlr ici des huîtres de la même famille que la Pinctada Margaritifera)
Imaginez par example, un homme qui vient du Moyen-Orient et un homme venant d'Afrique. L'un a la peau mate, l'autre a la peau plus foncée. En comparant, on remarque que chacun des d'eux a des cheveux, un nez, une bouche, etc… Tous les deux sont des êtres humains et se ressemblent énormément; les différences sont légères.
Les coquilles sont les mêmes. Les différences entre les espèces sont, encore une fois, très légères ; une espèce va produire des perles noires alors que l'autre va produire des perles blanches. "
Comment avez-vous choisi de travailler dans l’industrie perlière ? "C’est un business de famille. Ça fait cinquante ans que ma famille travaille dans l’industrie de bijoux. Je suis la troisième génération." Quelle est votre type de perle préférée? "Je n’ai vraiment pas de perle préférée parce que, bien évidemment, toutes les perles sont belles. Les perles tahitiennes sont belles, les perles australiennes sont belles, les perles japonaises sont belles. Ayant dit cela, les perles avec le plus beau éclat, avec le plus beau lustre, sont les perles japonaises." Comment faites-vous la différence entre les perles naturelles (mais cultivées) et les perles artificielles? "Une fausse perle va toujours être lisse. Une vraie perle ne sera jamais lisse, la couche de nacre a une certaine texture granulaire, que l'on remarque en frottant deux perles ensemble." | ![]() |
